Henri Cazaux

Le conte, réflexion et pratique avec des enfants

Henri Cazaux

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Différentes recherches inspirées de la psychologie et surtout de la psychanalyse ont attiré l’attention sur les contes.

Dans les travaux de Marie-Louise Von Frantz (1), les contes sont considérés comme l’expression d’archétypes communs à l’humanité entière, même si, superficiellement, leur expression varie selon les civilisations et les situations concrètes.

Le livre de Bruno Bettelheim: Psychanalyse des contes de fées (2) a bénéficié des thèses montrant l’importance du conte et du "contage". L’auteur prône à quel point les enfants et les adolescents sont concernés par les contes, comment ils s’adressent à leur inconscient et apportent toujours des solutions optimistes, permettant aux jeunes de surmonter leur angoisses et de passer sans heurts du stade de l’enfance à l’âge adulte. Fixation, avidités orales, angoisse de séparation d’avec les parents, relations oedipiennes, rivalité fraternelle, conquête de l’autonomie: tous ces problèmes mis en scène dans les contes sont résolus par les héros auxquels l’enfant, inconsciemment, s’identifie.

(1) - "L’interprétation des contes de fées". - Marie-Louise Von Frantz - Editions de la Fontaine de pierre, 1978.

(2) - "Psychanalyse des contes de fées". - Bruno Bettelheim, Editions Robert Laffont, 1976.

Pour Bettelheim, le conte, comme dans les sociétés traditionnelles, est chargé de transmettre des valeurs. Mais celles qu’il met en avant comme universelles ou atemporelles ne sont au fond que celles dont se réclame la bourgeoisie conservatrice du XXème siècle. Ainsi, malgré des apports très positifs sur le rôle du conte et l’importance du contage, le livre de Bettelheim en néglige l’insertion historique et sociale et ce manque de recul conduit trop souvent l’auteur à en faire un simple instrument thérapeutique d’adaptation sociale.

Jacqueline Held (1) s’insurge: "Lorsqu’on a parlé du conte, il a été de mode d’insister surtout sur sa fonction psychanalytique. Quelle que puisse être l’importance indéniable d’une telle fonction, la privilégier au détriment des autres m’apparaît présenter des dangers graves. Ne voir dans un conte que ses thèmes en laissant de côté l’écriture qui est aussi essentielle dans la formation et la structuration de la personnalité, ne voir les thèmes eux-mêmes qu’en termes de psychanalyse parcellisante et réductrice : il y a risque d’une exégèse étroite et mutilante. Pour moi, un conte est toujours susceptible d’angles d’approche, de lectures et d’interprétations multiples, voire divergentes. Il me paraît essentiel qu’un conte provoque dans une certaine mesure le lecteur ou l’auditeur, l’invite à la limite et en dernier ressort à réinventer lui-même le monde et le langage".

Pierre Péju (2) insiste: "L’interprétation psychanalytique de Bettelheim nous invite à n’entendre ces récits que d’une certaine oreille: l’oreille d’un ordinateur programmé avec des concepts très globaux. Au lieu d’être des occasions mentales d’errance et d’exploration, les contes n’offrent plus que des chemins qui conduisent tous au même endroit. La méthode Bettelheim fait tomber sur ce bouillonnement de personnages, de situations compliquées et ambiguës, d’images mouvantes et innovantes, une lourde grille d’interprétation".

(1) - "Revue de l’éducation" n°395 du 4 Octobre 1979.

- "La petite fille dans la forêt des contes" - Pierre Péju - Edition Robert Laffont, 1981, Collection Réponses.