Henri Cazaux

Le conte : une discipline?

Henri Cazaux

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Si l’on veut donner au conte le statut d’une véritable "discipline", il faut le considérer en tant que tel et non comme "prétexte à ..." d’autres activités (dessin, travail manuel, etc...). Une représentation quelconque, à un moment donné, risque de fixer des images, figer des actions ou des personnages et, de ce fait, la mémoire est sollicitée au détriment de l’émerveillement, de la curiosité et de l’étonnement.

Si la place du conte acquiert, à mon avis le statut d’une véritable "discipline", sa pratique doit rester une activité spécifique qui ne peut faire l’objet d’aucune évaluation. Ce qui ne signifie pas qu’elle soit "légère" ou uniquement récréative. L’absence de sanction, tout en rendant les enfants gardiens de ces moments, les met aussi à l’abri d’éventuels sentiments d’échec ou d’exclusion. Le climat, ainsi créé, les réunit dans une communauté d’écoute. L’expérience montre qu’à force de savourer des contes, les enfants peuvent être amenés à lire. L’enseignant montrera que le conteur le plus disponible est le livre... il ne refuse jamais une histoire ! Pour les enfants qui sont souvent fascinés à l’idée qu’une histoire, qui sort de la bouche d’un conteur, est écrite dans un livre... il est à espérer que les contes leur tendront la main et qu’ils auront l’envie ardente d’aller les réveiller de leur profond sommeil, franchissant ces voyelles et ces consonnes muettes qui les retiennent captifs.

Toutes ces réflexions m’amènent à penser que le conte par ses modèles divers de structures apporte sa contribution à l’élaboration de la langue, à son enrichissement et offre l’occasion de la parfaire. Le fait de rencontrer les mêmes mots dans des contextes différents facilite leur intégration et leur compréhension.