Henri Cazaux

Contes

 L'Homme et la femme de neige 

sumário

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Les contes, je les tiens aussi de ma fille: Laure-Marie.

Cet hiver là, il avait neigé... et il faut savoir que, dans notre village, la nuit de Noël, lorsque les enfants ont construit des bonshommes ou des bonnes-femmes de neige, ceux-ci se déplacent entre les premiers coups de minuit et le premier chant du coq. J'avais voulu montrer ce miracle à ma fille. Ce vingt-quatre décembre, j'étais monté dans le grenier et là... sur une vieille chaise paillée, je l'avais assise sur mes genoux, face à l'oeil de boeuf. Nous dominions le village et le lacis de ses ruelles. Sur la place de l'église, elle avait construit avec ses amies, une petite bonne-femme de neige affublée d'un fichu sur la tête et d'un petit tablier bleu autour de la taille. Ses petits camarades avaient construit un petit bonhomme de neige, fier, avec son bâton et son béret, sur la place de la Mairie.Je la tenais sur mes genoux, tendrement, en lui disant: "Laure-Marie, dans une demi-heure, tu vas voir ce miracle se réaliser!" Quelle infortune! Je n'ai rien observé... car je me suis endormi. Le lendemain, lorsque je me suis réveillé, un peu courbattu, elle m'a dit: "Papa!...regarde!...".

Je me suis penché au dessus de l'oeil de boeuf et j'ai vu le bonhomme de neige face à la bonne-femme de neige... qui se regardaient intensément... à deux mètres l'un de l'autre... immobiles comme des statues... Elle m'a raconté cette nuit: "Papa! tu as raison! Au premier coup de minuit, le bonhomme de neige a commencé à trembler sur sa base, puis il a glissé lentement pour se rendre sur la place de l'église où il savait qu'il devait découvrir cette petite bonne-femme de neige dont la rumeur des enfants avait colporté l'existence. Quand il est arrivé, le lieu était désert... car, elle-même, ayant eu aussi connaissance de sa présence avait entrepris de se déplacer vers la place de la mairie... mais par malchance... en prenant une rue parallèle. Lorsqu'elle est arrivée sur cette place, elle n'a trouvé personne... Ils se sont cherchés toute la nuit. Papa... tu sais ... dans la vie... on se cherche parfois longtemps avant de se trouver! A un moment donné, je les ai aperçus... chacun à chaque extrémité de la grande rue. Ils sont venus l'un vers l'autre, lentement, comme s'ils espéraient tellement cet instant! Lorsqu'ils furent à deux mètres de distance, le coq a chanté... C'est pour cela qu'ils sont immobilisés là...sous notre fenêtre!"

J'ai descendu quatre à quatre les escaliers avec elle. Tout le village s'était réuni... silencieusement... et les observait. Le soleil a commencé à darder ses rayons et le bonhomme de neige et la bonne-femme de neige se sont mis à fondre. Ma fille m'a chuchoté: "Papa... ils fondent d'amour!" Un peu plus tard, il n'est plus resté qu'un béret, un bâton, un fichu et un tablier. Leurs eaux se sont mêlées et ont coulé le long du caniveau pour aller se perdre dans la mare du village. Je suis revenu, triste, à la maison. Laure-Marie a serré très fort ma main dans la sienne, en me disant: "Papa... ils ont vécu d'amour et d'eau fraîche!".

 

La caresse

Loin, au-delà des collines et des rivières, habite le vent d'Autan, errant infatigable, qui perturbe l'atmosphère de son souffle fiévreux en réveillant le printemps et les sens des humains.

Ce vent troublait Firmin car il avait remarqué ses ravages charmeurs sur sa jeune épousée Alice, désarmée mais complaisante envers les avances de ce vent d'Autan: qui fréquemment venait effleurer légèrement et fugitivement ses chevilles qui, souvent, frôlait d'un souffle aimable ses jambes mordorées. Que de fois, Firmin, n'avait-il pas remarqué, la rage au coeur, Alice sourire avec délectation aux gestes tendres et affectueux de ce vent doux au souffle chaud. Nul doute, le vent ce rival, exerçait un pouvoir et pratiquait une chose désirée d'elle et inconnue de lui... son coeur n'était plus où elle habitait mais où elle aimait... Une nuit alors qu'elle dormait reposant tranquille et apaisée sur sa couche, Firmin se glissa auprès de ce corps merveilleusement beau et frais.

Sa main, précautionneuse, se mit à suivre les longs sillons de ses jambes, flatta doucement ses hanches, épousa la forme de son ventre et il embrassa ses lèvres en un long baiser et avant de reprendre lentement le chemin de sa peau, il la dévora du regard. L'amour s'offre aussi avec l'oeil qui regarde et la main qui dessine... Alice frémit comme l'eau qui frise et respira au rythme de Firmin, vibrant en harmonie, frissonnant de plaisir, goûtant ensemble au bonheur. Elle ouvrit les yeux. Le regard de Firmin plongea dans celui d'Alice et nagea longuement dans l'expression d'indicible bonheur qui irradiait son visage. C'était l'expression que seul, le vent avait su faire naître jusqu'à cette nuit. Firmin comprit que le vent ne fut jamais un rival... mais un allié qui, parla caresse, avait seul préparé Alice à l'Amour. Cette nuit-là, Firmin découvrit la caresse et pour avoir saisi la nature duvent il fut, dès lors, un amant attentionné.