Marc Laberge

En survolant le Québec

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Cartier. Un nom qui a marqué à jamais l’histoire du Canada… Jacques Cartier, Malouin, atteint les côtes de Terre-Neuve le 10 mai 1534, environ 600 ans après les Vikings qui avaient établi des comptoirs. Il est le premier Français à explorer l’embouchure du Saint-Laurent et à nouer des contacts avec les autochtones. Il prend possession de cette contrée au nom du « Roy de France » et la nomme Canada, de l’iroquoien «Kanata » signifiant village.

Le Québec compte 7,3 millions d’habitants; environ 1% forme la communauté des Autochtones (59.653 Amérindiens et 7.840 Inuit). 75% de la population est d’origine française. Le second groupe en importance est d’origine britannique (4,2%). Les caractéristiques de cette « Belle Province » découlent de la conjugaison des influences françaises et britanniques auxquelles viennent se joindre l’apport des centaines de milliers d’immigrants.

Le Québec est le berceau de la Francophonie en Amérique du Nord. Environ 82% de la population a le français comme langue maternelle. Mais en plus du français et de l’anglais, on y parle 35 autres langues (principalement l’italien, l’espagnol, l’arabe, le grec). Les gouvernements successifs poursuivent l’objectif d’affirmer l’identité francophone du Québec: en 1977, l’Assemblée Nationale adopte la Charte de la Langue Française, dont le but est de faire du français la langue de l’État, de la Loi, du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires.

Le Québec n’est quand même pas l’hiver (même s’il dure plusieurs mois). Il a des saisons: du froid de l’hiver, on passe au radieux printemps fleuri, à l’été caniculaire et à l’automne feutré. Cependant, si chaque saison a sa part de fêtes et de rites, l’hiver est la plus riche de toutes : une fête succède à une autre. Héritage de la religion catholique, les fêtes, de Noël aux jours gras, permettent de se réunir et de s’amuser. Les Québécois dansent (le cotillon, la gigue), font de la musique, organisent des veillées de chants et de contes. Issue de la tradition française, la culture orale s’est développée, pour exemple le recueil de Victor-Lévy Beaulieu « Les contes québécois» (aux éditions Trois-pistoles) qui illustre le riche imaginaire du pays, univers fascinant de diables, sorciers et loups avec «la monstresse Gougou de Tadoussac», «Chasse-galerie ». Mais dans l’hiver, c’est la saison des sucres qui crée une atmosphère magique. Fabriquer le sirop d’érable après des jours et des jours de gel et de dégel donne l’occasion de réjouissances dans les «cabanes à sucre» et de «se sucrer le bec » (en enroulant autour d’un bâton du sirop chaud refroidi sur la neige).

Apprivoiser le froid (la température peut descendre de 0 à –20° en quelques heures) a toujours été le souci des Québécois d’où un grand nombre d’inventions liées à ce problème: le manchon pour les pieds du Montréalais Félibien (1873), le véhicule servant à aplanir la neige, l’appareil servant à chauffer les pieds, les patins de traîneau, la charrue à neige, le foyer fumivore (pour enlever neige et terre), le patin à glace, le signal sonore par temps de brouillard, l’autoneige, le ski-dog (ou ski-doo) etc. Mais les villes souterraines peuvent servir à autre chose qu’à fuir le verglas et la neige et à survivre au froid. L’été, on y vient chercher la fraîcheur à l’exemple de Montréal, ville de Marc Laberge, qui prend une allure de cité méridionale où on boit de la bière aux terrasses, on bronze sur les pelouses, on fait du vélo, du pédalo …

Mais le Québec, c’est bien plus que ça: ce sont les couleurs des forêts de feuillus en automne, c’est l’été indien (en souvenir des indiens qui rentraient une dernière fois dans la forêt pour compléter leurs réserves pendant cette période de redoux), ce sont les pourvoiries, les animaux mythiques comme l’ours, le castor et l’orignan, c’est la pêche blanche, ce sont les inuits, les trappeurs, les bûcherons, Louis Hémon et «Maria Chapdelaine», Antonine Maillet et «La Sagouine» …

 

Et, pour finir, un petit exercice… pour le frisson !

Je ne vais pas conter une joke… Une blonde qui est aux petits oiseaux chauffe son char. Elle porte sa ferronnerie. Elle va chez le dépanneur qui est correct sur toute la ligne mais qui n’est pas sur le piton ce soir-là: il avait le caquet bas après avoir eu les pattes fourrées partout. C’est un crosseur qui est bien recevant quand même. En arrêtant gazer, la blonde scratche son char à cause de sa trâlée d’enfants à l’arrière qui fortille ; il y en a un qui est un petit vlimeux. L’autre chauffeur lui fait ravaler sa langue mais elle prend une débarque. Elle a dur sur la rate, elle est en fifre et elle crie « j’ai mon coton ; la prochaine fois, je prends les gros chars pour acheter chiens chauds et bleuets ! » L’autre bagoulard parlent les baguettes en l’air avec une guedille au nez. Il fait des drames à la noirceur …

 

Traduction :

Je ne vais pas raconter une histoire drôle … Une femme qui est au sommet du bonheur conduit sa voiture. Elle porte des bigoudis. Elle va chez l’épicier à qui on peut se fier mais qui n’est pas en forme ce soir-là: il avait l’air déprimé après s’être mêlé aux affaires des autres. Il est un homme qui sait parvenir à ses fins et qui a le sens de l’hospitalité. En arrêtant pour faire le plein, la femme abîme la couleur de sa voiture à cause de sa ribambelle d’enfants assis à l’arrière, qui bouge sans arrêt. Il y en a un qui aime jouer des tours. L’autre conducteur lui exige des excuses mais elle trébuche et tombe. C’est dur à encaisser, elle est en colère, prête à éclater et elle crie «j’en ai assez ; la prochaine fois, je prends le train pour acheter des hot-dogs et des myrtilles !» L’autre continue à parler à tort et à travers en gesticulant et avec le nez qui coule. Il dramatise des faits sans importance …